Arthur est un prénom masculin d’origine celtique, dérivé du mot arth (qui signifie « ours ») en vieux breton. Ce lien avec l’animal roi des forêts européennes n’a rien d’anecdotique : chez les Celtes, l’ours incarnait la souveraineté et la puissance guerrière. Le prénom a traversé les siècles en conservant cette charge symbolique, portée par la légende du roi Arthur et par des vagues de popularité successives jusqu’à nos jours.
Arth, Artorius, Arzhur : les racines linguistiques du prénom Arthur
L’étymologie d’Arthur fait débat parmi les spécialistes des langues celtiques. Deux pistes principales coexistent, et aucune ne fait l’unanimité.
La première rattache le prénom au mot celtique arth, « ours » en vieux breton et en gallois. L’ours occupait dans la mythologie celtique une place comparable à celle du lion dans d’autres cultures : symbole de royauté, de force brute et de protection. Donner un nom dérivé d’arth à un enfant revenait à lui attribuer les qualités de l’animal sacré.
La seconde hypothèse passe par le latin. Certains chercheurs, notamment parmi les historiens britanniques, considèrent qu’Arthur dérive du nom romain Artorius, porté entre autres par le général Lucius Artorius Castus. Ce militaire britto-romain du IIe siècle a pu inspirer, des siècles plus tard, la figure littéraire du roi Arthur. L’objection principale à cette théorie tient à un détail orthographique relevé par les médiévistes : les auteurs du Moyen Âge écrivaient systématiquement Art(h)ur ou Art(h)urus, jamais Artorius.
En breton moderne, la forme Arzhur reste vivante. La version française Arthur s’est imposée progressivement, tandis que d’autres langues ont produit leurs variantes : Arturo en italien et en espagnol, Artúr en irlandais. Au féminin, la forme Arthurine a existé sans jamais connaître de vrai succès.

Le roi Arthur et la légende arthurienne : un prénom devenu mythe
Le prénom Arthur doit sa renommée mondiale à un personnage dont l’existence historique reste incertaine. Le roi Arthur, souverain légendaire de Bretagne, aurait vécu au Ve ou VIe siècle et mené la résistance des Bretons contre les envahisseurs saxons.
Les premières mentions écrites apparaissent dans des textes gallois anciens, mais c’est Geoffroy de Monmouth qui, au XIIe siècle, construit véritablement le mythe dans son Historia Regum Britanniae. Il y introduit les éléments devenus canoniques : Uther Pendragon comme père d’Arthur, l’épée magique, le conseiller Merlin. Chrétien de Troyes enrichit ensuite la légende en français, ajoutant les chevaliers de la Table ronde, le Graal et les intrigues courtoises.
Ce qui distingue Arthur d’autres prénoms liés à des figures mythiques, c’est le poids du tabou qui l’a longtemps entouré. En Bretagne continentale comme au Pays de Galles, le prénom était considéré comme trop sacré pour être donné à un enfant ordinaire. Cette réticence a duré plusieurs siècles et explique en partie sa rareté dans les registres paroissiaux bretons et gallois du Moyen Âge, alors même que la légende était au sommet de sa diffusion.
Les personnages clés de la légende
- Uther Pendragon, père d’Arthur selon Geoffroy de Monmouth, roi de Bretagne dont Arthur hérite le trône dans des circonstances surnaturelles.
- Mordred, tantôt neveu, tantôt fils illégitime d’Arthur selon les versions, dont la trahison provoque la chute du royaume.
- Merlin, l’enchanteur qui orchestre la naissance et l’accession au pouvoir d’Arthur, figure centrale du cycle arthurien.
Popularité du prénom Arthur en France : du Moyen Âge au plateau des années 2020
L’histoire de la popularité d’Arthur en France se lit comme une courbe à deux pics séparés par un long creux. Courant au Moyen Âge grâce au rayonnement de la légende, le prénom disparaît presque complètement à la Renaissance et reste rare pendant plusieurs siècles.
Le renouveau commence timidement dans les années 1980, puis s’accélère. Arthur atteint un record au début des années 2010, avec plus de 4 000 naissances enregistrées en une seule année. Le prénom recule ensuite légèrement, mais sans décrocher du haut du classement. En 2025, il se maintient au 7e rang des prénoms masculins les plus donnés en France, avec 2 875 naissances selon les données Insee.
Cette stabilité dans le haut du tableau est remarquable. Beaucoup de prénoms connaissent un pic brutal suivi d’un effondrement. Arthur, lui, se maintient depuis plus d’une décennie dans le top 10 français, ce qui suggère qu’il a dépassé le stade de la mode pour devenir un classique contemporain.
Un succès géographiquement inégal
Le prénom n’est pas distribué de façon uniforme sur le territoire. Dans la Marne, Arthur figurait en 2025 parmi les trois prénoms masculins les plus donnés, aux côtés de Gabriel et Marceau. Dans le Jura, il se maintenait également dans le top 10 départemental la même année.
Ces variations locales rappellent que le choix d’un prénom reste influencé par des dynamiques régionales, y compris pour un prénom aussi installé au niveau national.

Arthur au Royaume-Uni : un prénom porté par la monarchie et la culture populaire
Le succès d’Arthur ne se limite pas à la France. Au Royaume-Uni, le prénom bénéficie d’un ancrage particulier lié à la monarchie. Plusieurs princes britanniques ont porté Arthur comme prénom ou deuxième prénom, entretenant le lien entre le prénom et l’imaginaire royal.
Dans le classement des prénoms en Angleterre et au Pays de Galles, Arthur figure régulièrement parmi les prénoms masculins les plus attribués ces dernières années. Le prénom y bénéficie d’un double moteur : la référence arthurienne, profondément enracinée dans la culture britannique, et une tendance générale au retour des prénoms perçus comme patrimoniaux.
La fête d’Arthur est célébrée le 15 novembre, en référence à un moine breton du VIe siècle. Ce saint relativement obscur n’a pas contribué à la diffusion du prénom autant que la légende, mais il ancre Arthur dans le calendrier liturgique chrétien, ajoutant une strate supplémentaire à son histoire.
Le prénom Arthur porte en lui plusieurs couches de sens superposées au fil des siècles : la force de l’ours celtique, le prestige d’un roi légendaire, un tabou médiéval en Bretagne, et une popularité contemporaine qui refuse de faiblir. En France, avec près de 3 000 naissances par an, il reste un prénom que chaque génération semble redécouvrir sans jamais l’abandonner.

