Famille

Technologies comme les téléphones portables et leur effet sur la vie de famille

64 % des parents affirment aujourd’hui se sentir dépassés par la gestion des écrans à la maison. Dans certains foyers, la durée moyenne passée sur le téléphone portable par chaque membre de la famille a désormais supplanté le temps consacré aux échanges familiaux quotidiens.

Des spécialistes de la psychologie infantile pointent cette évolution et constatent un lien net avec la hausse des troubles du sommeil et la multiplication des difficultés de communication chez les plus jeunes. Pourtant, freiner l’usage des appareils connectés se révèle un défi ardu : les habitudes sont déjà profondément enracinées.

Quand les écrans s’invitent au cœur de la vie familiale

Les écrans et objets connectés se sont installés au cœur des foyers, modifiant en profondeur les relations familiales. Les dernières statistiques l’attestent : dans une famille française, on compte en moyenne 9,8 écrans. Smartphones, tablettes, ordinateurs, téléviseurs… Le salon ressemble à un véritable carrefour numérique, où chacun, du plus jeune au plus âgé, peut s’isoler derrière une interface lumineuse.

Le phénomène de technoférence, cette intrusion discrète qui vient interrompre les discussions et les jeux familiaux, s’immisce jusque dans les moments qui devraient renforcer le lien parent-enfant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 36 % des parents admettent consulter leur téléphone pendant le repas, 28 % y jettent un œil tout en jouant avec leurs enfants. Le geste est révélateur : un adulte touche en moyenne 2 600 fois par jour son smartphone. Peu à peu, le dialogue spontané s’efface, étouffé par le flot des notifications.

Voici comment ce phénomène se concrétise dans la vie quotidienne :

  • Repas en famille : un tiers des adultes préfèrent leur téléphone à la conversation.
  • Jeux partagés : plus d’un parent sur quatre interrompt l’échange pour consulter son mobile.

Le lien parent-enfant s’en trouve altéré. L’hyperconnexion fragilise les échanges, engendre des silences et installe une distance nouvelle entre les membres du foyer. Cette omniprésence des écrans ne se limite plus aux temps de loisir : elle redéfinit la vie familiale. Parents et enfants s’ajustent, souvent sans en avoir conscience, oscillant entre présence physique et attention réelle. La technoférence, silencieuse mais persistante, redessine la trame du quotidien.

Quels impacts sur la santé mentale et la qualité des relations entre parents et enfants ?

Le mot « technoférence » s’impose désormais dans les échanges des pédopsychiatres. Cette intrusion constante de la technologie affaiblit le tissu familial. Irène Cristofori, psychologue clinicienne, souligne la hausse des troubles de l’attention et du développement chez les enfants surexposés aux écrans, surtout lorsqu’ils y accèdent très jeunes.

L’exposition précoce laisse des marques. Les chiffres sont clairs : un enfant sur huit entre 7 et 10 ans possède déjà un smartphone. Dès l’entrée au collège, la plupart des élèves disposent de leur propre appareil. Elena Pasquinelli, philosophe spécialiste des usages numériques, rappelle que le risque de troubles du langage triple si un enfant utilise un écran avant l’école. Quand les discussions cèdent la place au silence imposé par l’écran, le lien familial se fragilise.

Quelques données illustrent les conséquences concrètes de cette évolution :

  • Dès 2 ans, les enfants exposés aux écrans présentent un IMC plus élevé à 5 ans que les autres.
  • La sédentarité liée à l’abus d’écrans a contribué à une baisse de 25 % des capacités cardio-vasculaires chez les jeunes depuis 1971.
  • L’hyperconnexion accentue le risque de troubles de l’attention, d’anxiété, d’isolement social et d’obésité.

L’usage excessif du smartphone, chez les adultes comme chez les enfants, nourrit une dépendance numérique. Les réseaux sociaux, accessibles dès 15 ans, exposent les plus jeunes à la cyberviolence et à l’exclusion. Lorsque les contenus consultés ne sont pas discutés en famille, le risque de troubles du langage est multiplié par six. Le smartphone, s’il peut servir de support pédagogique, devient aussi une source de distraction et de fragilité psychique si son usage n’est pas régulé.

Père regardant son smartphone en jouant avec ses enfants dans le jardin

Des solutions concrètes pour retrouver un équilibre numérique à la maison

La supervision parentale reste un levier décisif pour limiter l’influence des écrans sur la vie de famille. Serge Tisseron, psychiatre, propose la règle 3-6-9-12 : pas d’écran avant 3 ans, usage accompagné entre 3 et 6 ans, découverte contrôlée jusqu’à 9 ans, accès à Internet sous surveillance jusqu’à 12 ans. Cette approche progressive vise à accompagner le développement de l’enfant tout en l’initiant aux outils numériques.

Sabine Duflo, psychologue, met en avant la formule des 4 pas : pas d’écran le matin, pas aux repas, pas dans la chambre, pas au moment du coucher. Quatre repères, faciles à retenir, pour limiter la technoférence et restaurer le dialogue familial. Les études montrent que 36 % des parents consultent leur téléphone pendant les repas, 28 % durant les jeux. Organiser des moments sans écrans, c’est l’occasion de retrouver ces instants partagés et de renforcer les liens.

Exemples d’initiatives familiales

Plusieurs familles ont déjà choisi des stratégies concrètes pour rééquilibrer leurs usages :

  • Amandine refuse le smartphone pour ses enfants et privilégie les jeux de société ou les activités en plein air.
  • Sophie, elle, autorise le smartphone mais sous conditions précises : applications éducatives, temps limité, échanges réguliers sur les contenus.
  • Léa, 13 ans, a obtenu son premier téléphone plus tard que la moyenne, et sous réserve de règles strictes fixées avec ses parents.

L’exemple des parents pèse lourd dans la balance. Redéfinir ensemble les règles, interroger les habitudes, réaffirmer la valeur du lien familial face à l’attrait des écrans, autant de pistes pour retrouver un équilibre durable. La prochaine notification attendra : la vie de famille, elle, ne repasse pas deux fois.