Trois catégories de traumatismes intergénérationnels à connaître
Les effets psychologiques persistants ne se limitent pas à ceux qui ont vécu un événement traumatisant ; ils peuvent se transmettre, influencer plusieurs générations et modifier durablement les dynamiques familiales. Certaines réactions émotionnelles ou comportements trouvent leur origine dans des expériences non vécues directement, mais héritées.Trois formes principales de transmission se distinguent par leur mécanisme et leur impact sur la vie quotidienne. Leur reconnaissance facilite la compréhension des difficultés vécues et ouvre la voie à des approches thérapeutiques adaptées, notamment l’EMDR et l’hypnose.
Plan de l'article
Traumatisme intergénérationnel : comprendre un héritage invisible
Les traumatismes intergénérationnels, parfois appelés traumatismes transgénérationnels, traversent les générations sans jamais s’afficher, mais ils habitent la mémoire familiale. Des expériences anciennes laissent une empreinte sur les descendants, liant ce qui fut vécu jadis et les vulnérabilités d’aujourd’hui. Le phénomène a d’abord été étudié auprès des enfants de familles marquées par des histoires extrêmes et s’observe désormais dans de nombreux contextes : familles confrontées à la guerre, à l’exil, ou à toute forme de violence survenue dans un passé souvent tu.
Le poids invisible de ces histoires se renforce par le silence, le non-dit, parfois teinté de honte ou de culpabilité. Des enfants, jusqu’alors ignorants de l’événement, héritent d’émotions ou de troubles dont l’origine leur échappe : anxiété diffuse, relations compliquées, maux du corps sans raison claire. Parfois, le non-dit est plus puissant que la parole : il se transmet dans les gestes du quotidien, dans une attitude, et finit par s’inscrire dans le psychisme ou même dans la façon de tenir son corps.
Lorsque les chocs du passé n’ont jamais été verbalisés ni digérés, la famille partage, sans réellement le vouloir, un récit en morceaux. De multiples études font état d’une plus grande fréquence de troubles psychiques chez les descendants des personnes ayant vécu des événements particulièrement difficiles. Certains travaux scientifiques suggèrent même l’existence d’une trace biologique, transmissible d’une génération à l’autre, en plus de l’influence du contexte au sein du foyer.
Reconnaître ces logiques permet plusieurs avancées, dont voici quelques exemples concrets :
- Mieux cerner comment des traumatismes familiaux réapparaissent sous la forme de problèmes psychiques ou comportementaux ;
- Identifier des signes de transmission afin d’accompagner au plus près enfants, parents et autres membres de la famille vers un équilibre psychique retrouvé.
Quelles sont les trois grandes catégories de traumatismes transmis de génération en génération ?
Les traumatismes qui cheminent de génération en génération ne prennent pas un unique visage. On distingue toutefois trois grandes familles, chacune laissant sa marque sur la vie des descendants, bien au-delà des seuls souvenirs.
La première regroupe les traumatismes individuels massifs. Elle concerne des épreuves d’une extrême intensité vécues par un membre de la famille : guerre, violence brutale, disparition subite d’un proche, exil forcé. Lorsqu’un parent, ou un grand-parent, n’a pas pu transformer sa souffrance, cet héritage émotionnel s’infiltre dans la famille. L’enfant, souvent, capte l’angoisse sous-jacente, adopte des comportements d’évitement ou se retrouve, adulte, à buter contre des difficultés relationnelles inattendues.
La deuxième concerne les traumatismes collectifs. Ici, c’est tout un groupe, une communauté ou une minorité qui a vécu la persécution, le déplacement, la stigmatisation. Le vécu douloureux circule dans les histoires transmises, les traditions, ou même dans un silence pesant. Cette mémoire partagée façonne l’identité, renforce le sentiment de distance par rapport aux autres et parfois prolonge des blessures psychiques et physiques d’une génération à la suivante.
Enfin, il y a les traumatismes relationnels et éducatifs. Ce ne sont pas des événements ponctuels, mais une ambiance persistante : absence d’écoute, carences affectives, secrets bien gardés ou schémas éducatifs répétitifs. Ici, la transmission agit à bas bruit. Grandir dans ce climat entraîne souvent un sentiment d’insécurité ou de retrait, des obstacles subtils à la construction des liens affectifs et à la régulation des émotions.
Repérer ces trois mécanismes, c’est déjà faire un pas vers la compréhension des comportements, des souffrances parfois inexpliquées, et permettre de mettre du sens sur ce qui, hier encore, semblait sans origine.

Des pistes pour se libérer : l’apport de l’EMDR, de l’hypnose et des approches thérapeutiques
Vient alors la question de l’allègement de ces transmissions silencieuses. Nombreuses sont les personnes issues de familles marquées par de tels héritages à rechercher des solutions durables. Les nouveaux outils de la psychothérapie, appliqués aux blessures anciennes, se démocratisent et ouvrent de vraies perspectives.
L’EMDR s’est particulièrement imposée dans l’accompagnement du stress post-traumatique. Par un travail sur les mouvements oculaires, elle aide à retraiter des souvenirs douloureux, y compris lorsque ces souvenirs ne concernent pas sa propre histoire mais celle d’un aïeul. Les thérapeutes racontent parfois l’expérience d’adultes libérés de peurs anciennes après avoir compris, puis travaillé, ce qui leur avait été transmis sans mots.
L’hypnose thérapeutique permet une exploration différente : accéder à des émotions anciennes, parfois tues depuis plusieurs générations, retrouver des sensations mises de côté mais toujours actives. Cette approche offre une clé pour réintégrer des segments d’histoire, encourager le changement et se libérer du poids du non-dit.
Pour compléter ces formes de thérapie, plusieurs méthodes peuvent être mobilisées :
- Les constellations familiales, qui rendent visibles et dénouent les dynamiques cachées au sein de la famille ;
- La psychogénéalogie, utile pour comprendre comment certains thèmes ou blessures traversent l’arbre familial ;
- L’art-thérapie, dispositif créatif pour matérialiser les émotions implicites et ce que la parole peine à transmettre.
Ces outils poursuivent un même objectif : remettre du mouvement dans l’histoire familiale, encourager la résilience et restaurer la capacité à se relier aux autres de façon plus apaisée. Ce chemin de réparation collective, parfois entamé à l’âge adulte, donne lieu à de nouveaux équilibres et offre la possibilité de transformer son héritage en force. La trace du passé n’est jamais une fatalité : il appartient à chacun de la revisiter, pour faire émerger une histoire qui a du sens et souffle un air neuf sur les générations à venir.